De la place du père au plafond de verre, il n’y a qu’un pas

Ce qui est simple est faux. Ce qui est compliqué est inutilisable.
Paul Valéry

Un peu polémique comme titre… C’est pas grave, j’assume ;-)

Ces derniers jours, plusieurs évènements m’ont interpellé : tout d’abord, la journée des mères actives, l’émission des maternelles sur les papas en congés parental et le Débat Parent sur la place des pères. Loin de juger le contenu de ces évènements (auxquels je n’ai pas assisté (sauf pour l’émission)), je me suis dis que cela devais être un signe pour que j’écrive un billet sur ce blog que j’ai négligé ces derniers temps .

La question de l’égalité homme/femme m’est un peu tombée dessus par hasard. Rien ne me prédisposait à devenir père au foyer (même si on peut discuter si ce terme s’applique à moi). Les débats actuels sur l’implication des hommes dans la sphère familiale et sur l’épanouissement des femmes dans la sphère professionnelle me touchent assez fortement. Pourtant, la manière dont ils sont conduits me gène car j’ai l’impression que le fond du problème n’est pas abordé.

Quitte à en chier, autant que les filles le vivent bien

Il y a un peu plus d’un an, j’ai lâché mon boulot pour m’occuper de mes filles. Dans ma vie d’avant, j’étais cadre dans une société d’étude marketing qui venait de se faire racheter par un grand groupe. Boulot intéressant, paie correcte, bonne perspective d’évolution, horaires flexibles (c’était pas gagné ça)…

Quand ma femme m’a dit qu’elle avait une opportunité de poste en province (elle est médecin à l’hôpital), j’ai longtemps hésité et la réflexion a été assez (très) tourmentée. Vu que mon domaine d’activité est quasi exclusivement localisé autour de Paris, partir en province était synonyme de « mort professionnelle »: je devais démissionner de mon travail et me dire que je devrais changer de métier.

Ce qui a fini de me convaincre, c’est le fait que mon Aînée allait renter à la maternelle et que la configuration foyer-école-travail(s) était plus que défavorable, du genre pas gérable dans le créneau 8h-18h. Rester sur Paris serait revenu à laisser les filles à ma mère la semaine et ne pas être dispo pour elles le WE parce trop fatigués par la semaine. En résumé, quitte à en chier, autant que les filles le vivent bien.

Depuis, entre les couches, les courses, les repas et le ménage, je crée mon entreprise pour gagner un peu de sous pendant mes heures creuses (entre 21h et 7h). C’est pas simple, mais quand je vois que ma femme s’éclate, que mes filles grandissent sereinement , je me dis que ça valait le coup.

Comment en sommes nous arrivés là ? Pourquoi ce(s) choix ?

De mon côté, je n’ai pas une image du Pater Familias très forte, vu que j’ai perdu mon père très tôt (peu de risque de reproduire des réflexes macho). Du côté de ma femme, ses deux parents ont toujours été très égalitaires dans la répartition des rôles à la maison. Même si je pense que nos terrains familiaux sont une partie de l’explication sur ces choix. Je pense aussi qu’ils ont été faits par 2 adultes qui savent discuter et réfléchir ensemble sur ce qu’ils veulent faire de leur foyer (minute d’autosatisfaction).

Je ne dis pas que cela a été facile. Outre l’aspect professionnel, il y avait l’image de soi qui en a pris un coup car il faut bien l’avouer, encore aujourd’hui, pour certains primates, Père au Foyer, c’est pour les gonzesses. On aura beau faire un cadre réglementaire rendant intéressant pour un homme de prendre un congés paternité, il faut encore que le mâle considère que cela vaut le coup. En Suède, présenté comme l’Eldorado de l’égalité Homme-Femme, c’est pas Byzance pour autant.

Cela dit, il ne faut pas uniquement jeter la pierre aux seuls hommes, à mes yeux, les femmes ne sont pas en reste. Au risque de paraître paranoïaque, j’ai toujours eu l’impression d’être un intrus dans le monde de la petite enfance, comme si c’était un peu suspect de voir un homme vraiment s’impliquer. Et ça ne date pas d’hier.

  • Il y a la sage femme qui, pendant la première grossesse de ma femme, expliquait qu’ils allaient limiter l’accès à la (petite) pouponnière aux seules mères.
  • Il y a la cadre administratif de ma boite qui ne comprenait pas que je veuille prendre mon congé paternité pour permettre à ma femme de dormir un peu (elle était convaincue que je voulais m’octroyer des jours de congés en plus pour glander).
  • Il y a cette mère de famille qui me dit que je ne suis pas vraiment un père au foyer parce que je met mon Aînée à la cantine et ma Cadette à la crèche.

L’égalité homme/femme, ça va dans les deux sens

Je sais, qu’au final, dans la tête de nombreux hommes, s’occuper d’un enfant est l’affaire des femmes. Le corollaire est que ces mêmes hommes ne voient pas de problèmes majeurs à moins payer une femme sous prétexte qu’elle est (ou peut être) moins disponible parce que maman. En revanche, ce n’est pas une raison pour donner à l’homme un rôle auprès de l’enfant forcément dépendant de la mère. En suivant sur Twitter le LT du débat parent sur la place des pères, cette question n’était pas claire (en tout cas, pas dans la retranscription, j’attend le compte rendu :-) ). A un moment, le père est un étranger, à un autre, il peut très bien remplir la fonction maternelle, mais la mère doit laisser faire… Un joyeux bordel conceptuel au final :-)

Autant je suis d’accord avec Catherine Vanier quand elle a dit que  pour les psys, un père est celui qui s’occupe de la mère. J’ai mis du temps à admettre que j’allais être père pendant la grossesse pour mon Aînée.  Alors j’ai mis à profit ce temps pour m’occuper de ma femme. De gérer le quotidien pour qu’elle puisse gérer sereinement tous les changements que subissait son petit corps. Cependant, autant cette phrase me semble pertinente autour de la grossesse, autant je suis totalement contre à mesure que l’enfant grandit. Il est évident que je ne peux me substituer à la mère pour la grossesse, toutefois, je ne vois pas pourquoi ma femme serait un passage obligé dans ma relation à l’enfant par la suite.

Tu es mignon, mais tu veux en venir où ?

Je crois qu’on a tort de considérer la question de l’égalité homme/femme du point de vue personnel et du point de vue professionnel de façon séparée. Tout d’abord parce que les individus sont les mêmes quelque soit la sphère dont on parle, mais aussi parce que c’est le risque de mettre en évidence des incohérences dans le raisonnement.

Il me semble difficile de mettre en avant la relation particulière, unique de la mère à son enfant tout en hurlant à l’injustice lorsque, professionnellement, on maintient la femme à sa fonction maternelle (avec les risques professionnels que cela comporte. Salaire, Evolution…)

Pourquoi est-il normal de s’insurger contre ceux qui se demandent si on n’en demande pas trop professionnellement aux femmes quand il s’agit de prendre des responsabilités ou de gérer une équipe ? S’insurge-t-on autant lorsqu’on se demande si un homme est capable de s’occuper d’un enfant ?

J’ai conscience que certains de mes propos peuvent paraître caricatural ou outrancier, mais si l’on veut que la situation change, ce n’est pas en allongeant le congé paternité ou en instituant des règles en entreprise (un congé, c’est limité dans le temps et on peut toujours changer d’entreprise). Réduire la réponse à des solutions « techniques » me semble inefficace sur le long terme. Il faut pouvoir donner « envie » aux hommes de plus s’investir en travaillant sur les représentations sociales liées à la parentalité.

Si l’on veut que la femme ne soit pas stigmatisée professionnellement, il faut que la parentalité soit autant l’affaire de la femme que de l’homme. Et pour cela, il faut que les hommes (les vrais, pas ceux qui lisent GQ) s’impliquent plus, et que les femmes les laissent un peu plus faire, à leur manière.

Le moteur du changement ne se trouve pas à la CAF ou à la DRH des entreprises. Il me semble qu’il se trouverait plutôt autour d’un dîner en tête à tête, une fois que les enfants sont au lit.

PS : en me relisant, je me suis rendu compte que le sujet est énorme et que j’ai forcément fait des raccourcis. Toutefois, je pense que si j’avais attendu d’avoir le billet parfait, j’y serais encore à la majorité de mes filles.

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14 réflexions sur “De la place du père au plafond de verre, il n’y a qu’un pas

  1. Raccourcis ou pas je trouve que tout ça est très bien dit et totalement vrai! Il est clair que l’égalité de traitement hommes/femmes ne peut pas se faire si on ne s’occupe que de la place de la femme!
    Si on ne donne pas l’opportunité (ni l’envie) aux hommes de s’arrêter ou de réduire leur temps de travail autant que les femmes, ça n’avancera pas puisque du coup celles-ci n’auront pas l’esprit assez libre pour bosser même si elles le veulent! Je ne sais pas si je suis claire, mais c’est un cercle vicieux en fait!
    Si les hommes n’avaient pas cette pression archaïque et machiste qui fait que c’est à eux de faire vivre la famille, le choix serait sans doute plus discuté dans les couples, et il serait moins évident (dans le sens « logique » , pas dans le sens « facile ») que c’est à la femme de s’arrêter et de « sacrifier » tout ou partie de sa carrière…

    Le problème majeur c’est une histoire de mentalité, et c’est le plus compliqué à changer….

    Les femmes se plaignent de la vision machiste de la société, mais j’ai parfois l’impression aussi qu’elles veulent le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire qu’elles veulent avoir un super boulot mais aussi pouvoir s’occuper des enfants, mais ne font pas confiance au papa et donc ne lui laissent pas une place autre, justement, que celle qu’ils occupent dans cette fameuse tradition machiste qu’elles exècrent!

    Il faut que tout le monde y mette du sien, il est normal (en tout cas il DEVRAIT être normal) que les femmes aient les mêmes chances professionnelles, mêmes salaires, etc. que les hommes MAIS du coup il est normal que les hommes aient les mêmes chances « à la maison » que les femmes!!!

    Bref, pas sûre d’être parfaitement claire, mais bravo pour cet article!!!!!!

  2. Pingback: De la place du père au plafond de verre, il n’y a qu’un pas | La réussite au féminin | Scoop.it

  3. Slt
    Je découvre ton site grâce à lesmaternelles/tillthecat/twitter/toncomptetwitter…

    C’est un post bien foutu et une bonne analyse de la situation.
    Allonger les congés parentaux est loin d’être une solution, même si ils sont censés s’adresser aux hommes et aux femmes. Les mentalités doivent changer avant, sinon on ne fera qu’enfoncer le clou. La preuve: le front national est partisan d’un allongement à l’extrême des congés parentaux… Mais qui le prendra? Pôpa ou Môman?? Je me le demande, mais en tout cas ce sera pas moi, j’ai un vrai boulot bordel! ^^

    • Je ne vois pas en quoi la position du FN est un argument pour s’opposer à l’allongement du congés. J’ai vu passer une brève de je ne sais quelle association pro-allaitement voulant allonger le congés parental, preuve que le FN n’est pas le seul sur le créneau, et pas forcément pour les mêmes raisons

      • Ce que je veux dire par là c est que l electorat FN est très conservateur et cette mesure leur plait beaucoup. Ce qui peut sous entendre quand l etat actuelle des choses, le rallongement du congé n aiderait pas la parité dans le travail. J ai peur que l on reviendrait vite a la femme au foyer et l’homme au travail.
        Mais je me trompe peut etre.

        • Il faut se méfier des allégations comme ça. Je ne suis pas sûr que l’électorat FN soit très homogène sur le sujet. La question du congés maternité/parental est complexe (si elle était simple, ca se saurait). je suis en train de lire des études dessus, Article à suivre

  4. Pingback: Des difficiles conséquences du coming out « Mauvais Père

  5. Bonjour :-)
    Je découvre votre blog aujourd’hui (via un lien vers votre dernier article…) et je kiffe!
    Bref, je trouve votre sujet vraiment intéressant et traité avec humour et justesse. Je suis assez d’accord avec vous :-) Le monde de la petite enfance fait parfois « domaine réservé » et les préjugés ont la dent dure! Je me souviens de la tête d’une mère de famille la première fois qu’elle a vu UN technicien d’intervention sociale et familiale (TISF) arriver chez elle…priceless!
    Bref, je vais continuer mes lectures et suis ravie de cette découverte! :-)

  6. Pingback: Mais au fait, qui va garder les enfants ? « Mauvais Père

  7. Intéressant ton blog ! Je suis arrivée sur les conseils de la bouseuse.fr !
    De mon côté je ne suis pas (encore) maman mais comme je suis plutôt du côté de la « femme qui travaille », je m’interroge aussi sur toutes ces articulations entre papa/maman/vie pro/vie perso…
    Je trouve pleine de bon sens la phrase « en travaillant sur les représentations sociales liées à la parentalité. »

    • Bienvenue à toi.
      Au sujet des articulations, je crois que la clé est de savoir ce que l’on veut « faire de son couple » et de toujours arbitrer selon ce point d’horizon. Y a une citation de Sénèque que j’aime beaucoup qui dit qu »il n’est de vents favorables que pour celui qui sait où il va ».

  8. Pingback: Vie pro / vie perso : conciliation ou fusion des deux ? | Mauvais Père

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