Enfant mordeur, la malédiction du bébé crocodile

J’étais ce matin à la réunion parent de la crèche. J’ai beau m’impliquer dans cette crèche, j’ai été impressionné par les activités organisées par les équipes. Ça m’a fait plaisir.

Qui ne connait pas Schnappi ?

On a conclu cette réunion sur les morsures et l’ambiance s’est vite glacée à grand coup de rires jaunes. Ça m’a fait très drôle de voir la tête de tous ces parents se crisper. Je comprend très bien leurs malaises, nous sommes passés par là il n’y a pas si longtemps. En fait, ce qui m’a surpris, c’est l’extrême banalité de cette situation. Limite, c’est quand ton gamin ne mord pas que tu peux te dire si tu n’as pas loupé quelque chose.

A toi parent d’enfant mordeur qui me lit, j’aurais quelques conseils à te donner pour traverser ce moment quelque peu inconfortable.

  • Tout d’abord, tu n’es pas seul. Il y a pleins de parents qui sont dans la même situation que toi. Je ne sais pas si c’est rassurant, mais ça permet de relativiser sa responsabilité dans les événements
  • Ne va surtout pas chercher de l’information sur les forums, c’est la meilleure façon de culpabiliser plus que tu ne le fais. D’autant que tu vas surtout lire la parole de pa;rents d’enfants mordus et ce ne sont pas les plus mesuré dans leurs propos
  • N’hésite pas à en parler avec l’équipe de la crèche. C’est leur métier de gérer ce genre de problème et je suis sûr qu’elle aura plein de solutions
  • Ce n’est pas ta faute : dans le petit monde de l’éducation, il y a souvent la recherche d’un responsable (et c’est souvent la mère). Si ton enfant mord avant l’apparition du langage, c’est peut être une façon de s’exprimer. Dans mon cas, c’était flagrant. On sentait que Cadette voulait dire des chose et que par frustration, elle allait au plus rapide

A toi parent d’enfant mordu qui me lit, pour toi, je n’aurais qu’un seul conseil :

  • N’accable pas trop la famille de l’enfants qui mord ton enfant. Rien ne dit que ton enfant sera de l’autre côté de la morsure un jour ou l’autre.  ;-)

Je suis masculiniste !

Il y a quelques jours de cela, l’insulte a jailli. Claquante comme un coup de fouet. Surprenante un but marqué par l’équipe de France de foot. Je me suis fait traiter de masculiniste. Comme je ne suis pas à un paradoxe près, on m’avait qualifié de papa féministe quelques mois auparavant. C’est un peu le problème quand on essaye d’être dans la nuance, c’est que personne n’est d’accord avec vous. Ce qui est surprenant avec les médias dits sociaux, c’est que les gens ne cherchent pas la confrontation d’idées, ils cherchent des gens qui pensent comme eux. Ça permet de se sentir moins seul, d’être entouré de personnes qui vous applaudiront a chacune de vos prises de parole et surtout… Ça vous évite d’avoir à vous remettre en cause. Alors dès qu’on rencontre un avis divergent, on dénigre (Longue vie aux Trolls).

Les sujets d’égalité Homme/Femme sont tellement sensibles que je me demande s’ils peuvent se discuter sereinement tant la tentation de récuser son interlocuteur du simple fait de son sexe est grande (ce qui me permet, au passage de refaire un peu de pub pour un de mes premiers billets sur le Point Maréchal ). Adepte de la théorie du Genre pour les uns, Mansplaining pour les autres, la recherche de disqualification est assez rapide (et globalement énervante). Comme si les sujets sur lesquels nous sommes légitimes dépendaient de notre sexe. Ce n’est pas parce que je suis un homme que je n’ai pas le droit d’avoir un avis propre sur l’allaitement ou sur les inepties de la loi d’Egalité Homme/Femme actuellement débattue.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait un petit air de marxisme mal assumé chez celles (car ce sont essentiellement des femmes) qui vous disent que l’Oppresseur n’a pas son mot à dire quand il s’agit des affaires de l’Oppressé(e). Etre féministe n’empêche pas d’être dans l’exagération. Cela n’empêche pas non plus d’avoir raison, soit dit en passant (si vous saviez ce qu’il m’en coûte d’écrire ça ;-) ). Etre un homme ne veut pas forcément dire chercher un rapport de domination. Cela n’empêche pas non plus de ne pas avoir envie qu’on lui marche sur les pieds.

Je suis loin d’être le mari idéal (il paraîtrait même que j’ai tendance à être chiant). Je ne demande pas à être remercier parce que je fais la vaisselle ou parce que je plie le linge. Cependant, se faire marcher sur la gueule quelques soient les efforts réalisés est désespérant, voir un chouilla démotivant. J’ai l’impression qu’on a du mal à dépasser la relation homme/femme comme rapport de domination. Bourdieu, ça va un temps, mais ça ne fait pas vraiment bouger les lignes. A celles et ceux qui ont tout lu et tout compris, je vous conseille de faire un petit tour du côté de Michel Callon et Bruno Latour. La traduction, ça peut avoir du bon.

Dites de moi que je suis un papa féministe macho si cela vous chante, que je suis un dangereux réactionnaire prônant la théorie du genre. Je m’en fous. Si ne pas vouloir céder aux sirènes du cool en disant que je suis féministe ou ne pas voir la femme forcément comme une victime de ce substantif abstrait qu’est le patriarcat fait de moi un masculiniste alors détestez moi, insultez moi. organisez la lutte contre mes dangereux écrits (mais pas trop longtemps, je n’en vaut pas la peine).

Vouloir réparer les injustices issues de notre histoire est une chose. Mais sans réflexion commune sur un "mieux vivre ensemble", la recherche d’égalité H/F se résumera à un règlement de compte à OK Corral.

Boldog születésnapot

C’est au détour d’un message envoyé par wordpress que je me suis rendu compte que cela faisait 2 ans que je tiens ce blog. Avec plus ou moins de régularité. Avec plus ou mins de talent aussi.

Ce qui est amusant, c’est que cet anniversaire coïncide avec mon coming out involontaire, où ma vie virtuelle a rejailli sur ma vie réelle. Je ne tiens pas une frontière étanche entre les deux, mais ça fait toujours drôle quand on ne s’y attend pas. Depuis que nous sommes arrivés à Rouen, nous avons pris l’habitude de prendre un petit café en face de l’école après avoir déposé notre progéniture. Ce fut un bon moyen de faire connaissance avec d’autres parents dans une ville que nous ne connaissions pas et où nous ne connaissions personne. Avec le temps, le petit groupe de parents est devenu de moins en moins petit, si bien que certains jours, nous occupons 80% de la terrasse.

La semaine dernière, j’arrive au café quand tous mes amis me regardent bizarrement du style "Mais qui est cet homme ?" Jusqu’à cette question fatidique : "C’est toi l’Mauvais Père ?". Sur le coup, ça m’a fait drôle. Pas forcément gêné, mais pas vraiment à l’aise non plus. La responsable de la fuite était une voisine que j’avais rencontré sur twitter et à qui j’avais donné rendez vous au café. J’avais oublié de lui donner mon prénom. Alors forcément, elle a essayé de m’identifier avec le peu qu’elle avait à sa disposition.

Le café a repris son cours. Je dus expliquer après coup "qui" était Mauvais Père. Je ne peux pas dire qu’ils avaient l’air surpris. Et rapidement est venu la question du pourquoi ce nom "Mauvais Père". Je crois avoir dis en ces lieux que ce nom était à l’origine une provocation : le but ultime de l’égalité. Le jour où il sera tellement naturel pour un homme de s’impliquer dans sa paternité qu’il sera tout autant naturel de le culpabiliser parce qu’il n’en fait pas assez ;-)

Couronne de Saint Etienne (Hongrie)

Au fur et à mesure de ces 2 ans, un autre sens s’est développé. Plus personnel, plus intime. Un sens qui prend la forme de la couronne de Saint Etienne, Roi de Hongrie. J’ai beaucoup voyagé en Hongrie en mon jeune temps. Je pense pouvoir dire que c’est un pays que je connais bien (et si vous voulez aller à Budapest, j’ai deux trois tuyaux). Couronne singulière s’il en est car elle possède, entre autre choses, des chaînettes qui recouvrent les oreilles de son porteur. La signification qu’on m’avait donné à l’époque, c’est que ces chaînes tintent aux oreilles pour rappeler à son royal porteur qu’il n’est qu’un homme.

J’ai aimé cette image.

Je suis un Mauvais Père, principalement parce que je ne sais pas ce que c’est qu’un bon père. Je crois même que le jour où je me dirais bon père, ce sera le début de la fin. Au final, ce blog n’est que cela. Un tintement à mes oreilles qui me rappelle que ce n’est pas simple de faire les choses bien. Surtout avec ses enfants. Surtout quand on n’a pas de modèle tout fait.

J’espère que ce blog continuera longtemps à tinter et qu’il ne vous écorchera pas trop les oreilles.

La réforme des retraites : pitié pour mon ulcère

Je ne vais pas vous mentir, j’en ai vraiment plein le fondement. Je viens de lire les principales mesures du gouvernement autour de la « réforme » des retraites.  Je me demandais ce que pouvait donner une réforme des retraites « de gauche »… Je ne suis pas déçu.  Elle est surement très bien pour les baby-boomers, mais pour les trentenaires et  les quadra, on va encore payer pour les vieux sous prétexte qu’ils ont cotisé pour avoir leur retraite. Moi qui pensais benoîtement que nous avions un système par répartition et que les vieux d’aujourd’hui ont cotisé pour les vieux d’hier. Car au final, c’est moi qui cotise pour les vieux d’aujourd’hui… Sans aucune assurance que quelqu’un cotise pour moi qui suis un vieux de demain. Cela dit, d’ici à ce que je sois à la retraite, il y aura surement une dizaine de réformes « majeures » qui viendront me promettre des lendemains qui chantent. Au pire, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne canicule des familles qui viendra équilibrer le rapport cotisant/retraité (rhoooo !!!).

Cependant, ce qui m’énerve le plus, c’est le coup « d’égalité des sexes »-washing qui vise, à terme, à transformer une majoration de pension de 10% à destination des familles de 3 enfants et plus en prime versée exclusivement aux femmes. J’imagine que c’est parce que ce sont les femmes qui « sacrifient » leur carrière pour s’occuper des enfants, qu’il y a un écart de salaires entre homme et femme, qu’il faut bien trouver une mesure qui fasse « de gauche ». Que les femmes aient une compensation au titre de la maternité, c’est justifié car, à moins que la grossesse et l’accouchement ne soient une construction sociale, c’est la femme qui porte les enfants. Ecrire dans le marbre qu’une loi qu’une « prime enfant » soit versée exclusivement à la mère est une bêtise sans nom, une double discrimination et un aveu d’impuissance.

C’est une bêtise, au moins sur la forme. Avoir une famille nombreuse n’est pas une faute qu’il faille sanctionner. Les personnes concernées par cette mesure ont fourni « à la Nation » des individus aptes à cotiser pour payer les retraites de leur baby-boomer de parents. Je sais qu’il y a des façons plus glamour de considérer la parentalité, mais il n’empêche que l’on est bien content d’avoir une natalité importante pour préserver notre modèle sociale. Justifier la suppression de cette majoration à cause de son universalité est dangereux. Je ne veux pas faire un cours sur l’histoire de la politique familiale mais elle a été construite sur un principe d’universalité des prestations. Qu’on soit pour ou qu’on soit contre il me semble intéressant de prendre un minimum de temps avant de toucher à un principe fondateur de quelque chose qui, à priori, marche.

Jean-Marc, si tu me lis, j’aimerais bien savoir si tu considères qu’un enfant est une charge pour la société. Entre ça, la baisse du coefficient familial, c’est à se demander si la famille n’est pas considérée uniquement comme un poste de coût ?

Dites moi si je me trompe, cette prime ne concernera que les femmes ayant des enfants. Si c’est le cas, c’est sympa pour les nullipares qui peuvent également subir d’une discrimination salariale et qui ne seront pas éligibles à cette prime. Si ce n’est pas le cas, peut être que le gouvernement prend acte de l’impossibilité de faire évoluer les mentalités en profondeur. On parle d’une réforme qui aura lieu entre 2020 et 2035, ce qui laisse de la marge. Est-ce une injustice si énorme qu’on ne puisse traiter que les symptômes ?

C’est également, vous me voyez venir, une formidable discrimination vis-à-vis des hommes, et surtout vis-à-vis de ceux qui souhaite s’impliquer dans l’éducation de leurs enfants. Quelque soit le degré d’implication du père auprès de ses enfants, ses efforts ne seront jamais reconnu car la prime ira exclusivement à la femme. A se demander pourquoi on se fait suer à changer des couches et à moucher les nez.  Le fait que cette réforme soit lointaine et qu’il y a peu de chance que des hommes de ma génération (celle qui se bouge un minimum) en voient la couleur (parce qu’elle sera abrogée avant) renforce la dimension cosmétique de la mesure. Ça fait plaisir aux féministes et ça sanctuarise la femme dans son statut de victime du vilain Patriarcat.

Pour l’instant, on n’est pas dans le cadre d’un projet de loi. Ce ne sont que des pistes, des ballons d’essai. J’attend de lire le projet final. Néanmoins, je crains que l’esprit général du projet n’aille dans ce sens. J’ai lu également qu’il y aurait une mesure qui permettrait aux parents, homme et femme, de toucher quelque chose s’ils se sont effectivement arrêter pour s’occuper de leur(s) enfant(s). C’est bien, mais s’occuper de son enfant se limite-t-il aux congés parentaux ?

Faut il vraiment que dans un projet de loi sur les retraites on trouve une mesure qui inscrit dans le marbre la responsabilité de la mère à l’enfant ?

Faut il vraiment que dans un projet de loi sur l’égalité homme/femme on trouve une mesure de lutte contre les violences faites aux femmes, une autre pour renforcer le contrôle sur le versement des pensions alimentaires. Je ne dis pas que ces mesures ne soient pas importantes, mais faut il que l’égalité soit atteinte par des mesures punitives ? Drôle de conception de l’égalité.

Je ne parle même pas de la réforme du congé parental qui mériterait un billet à lui tout seul et qui me semble plus efficace pour faire des économies sur la branche famille de la sécurité sociale que pour faire évoluer les mentalités.

Pourquoi un homme irait s’emmerder à s’occuper de ses mômes ? Parce que la femme est victime de discrimination et qu’il n’est pas normal qu’elle soit la seule discriminée ? C’est vrai que cela donne envie !

Je rêve d’une politique qui implique les syndicats dans la prise en compte de la parentalité dans les négociations en entreprise. S’attaquer aux pensions de retraite, c’est bien. S’attaquer aux différences de salaire, c’est mieux : faut il attendre d’être à la retraite pour être égaux ?

Je rêve d’une politique qui considère que s’occuper d’enfant n’est pas qu’une question d’argent, mais également une question "d’organisation". Est il juste d’avoir à payer une nounou parce qu’un élu local ne voit pas de problème à ce que l’on doive chercher son enfant à 15.45 ou parce que ces enfants se retrouvent dispersés en ville lorsqu’ils vont au centre aéré ?

Je rêve d’une politique qui aborde les problèmes dans leur complexité et pas du petit bout de la lorgnette.

Mais ça, ça ne semble pas être à l’ordre du jour